samedi 1 février 2014

Décor AdoNné

Je me dois de vous parler d'un organisme merveilleux avec lequel j'ai eu la chance de collaborer aujourd'hui même.  Il s'agit d'un organisme à but non lucratif qui a pour mission d'offrir des relookings de chambre aux personnes âgées seules et défavorisées dans un contexte intergénérationnel.

Pour y parvenir, l'organisme recrute un groupe d'élèves du secondaire ayant des heures de bénévolat à faire.  Ces jeunes organisent une levée de fonds qui sert à acheter tout ce qu'il faut pour le décor de la chambre du résident sélectionné.  Ensuite, une petite rencontre a lieu avec le résident afin de connaître ses goûts, ses intérêts et apprendre à mieux le connaître.  Et vient le grand jour du relooking.  L'équipe arrive vers 9h vide la chambre, peinture, replace, décore...  Pendant ce temps, le résident ne peut rentrer dans sa chambre afin de garder la surprise pour le grand dévoilement en fin d'après-midi!

Chez nous, c'est monsieur Chanceux qui a été sélectionné.  C'est un homme sympathique, n'ayant pas beaucoup de sous et qui n'a pas de famille.  Toujours souriant, il est le premier à nous suivre quand une activité débute.  Sa chambre n'avait aucune décoration; pas de douillette, murs blancs, pas de rideaux...  Vous voyez le genre?  Une chambre triste et terne pour un homme si joyeux!

Monsieur Chanceux avait hâte que les jeunes viennent décorer sa chambre puisqu'ils les avaient rencontré la semaine dernière.  Les employés lui en ont d'ailleurs parlé toute la semaine!  Confiné au salon depuis 9h00 le matin sans avoir le droit d'entrer dans sa chambre, monsieur Chanceux tournait en rond.  À 10h00, je suis allé faire un jeu pour les gens de son étage histoire d'occuper une heure de sa journée.

Heureusement pour lui, une bénévole était libre pour l'amener dîner à la cafétéria afin de lui changer les idées puis comme la messe a lieu le samedi après-midi, quand monsieur Chanceux est remonté à son étage, sa nouvelle chambre était toute prête!  Les quatre jeunes filles de l'équipe ont travaillé très fort pour lui toute la journée!

C'est donc un homme tout souriant et impatient comme un enfant qui a ouvert la porte de sa chambre.  Puis c'est un homme complètement ému qui s'est mis à pleurer, comme ça, debout au beau milieu de sa chambre toute neuve sentant la peinture fraîche.

Regardant partout autour de lui et observant tout le monde qui avait travaillé toute la journée pour lui, il ne faisait que répéter avec de grosses larmes lui coulant sur les joues:  ''Je le sais pas quoi dire...  J'ai jamais rien vu d'aussi beau!  Je sais pas quoi dire!  C'est bin beau!''

Comment ne pas être bouleversée aussi?  La gorge nouée, je lui flattait l'épaule en lui disant qu'il fallait être heureux de ce qui lui arrivait!  Autour, les étudiantes en larme elles aussi étaient touchées par la réaction de monsieur Chanceux.  Quand les larmes cessaient, un employé entrait dans la chambre pour voir le travail terminé et voilà que les larmes lui revenaient de plus belle!

Je crois que monsieur Chanceux se souviendra de cette belle journée pour le reste de sa vie!  Et je suis aussi convaincue qu'il passera une très belle première nuit dans sa chambre redécorée!

Ce fut pour moi une expérience mémorable, enrichissante et oh combien bouleversante!  J'étais certaine qu'il serait content et qu'il aurait une belle réaction lors de la surprise, mais jamais de ma vie je n'aurais pensé le voir fondre en larme de la sorte!  Rendre les gens heureux, c'est toujours agréable!  Je vous l'ai déjà dit combien j'aime ma job?

Je voudrais souligner également la collaboration exceptionnelle de tout le personnel du Centre.  De ma patronne qui a embarquée dans le projet avec plaisir, aux employés de la maintenance qui ont répondu aux petites demandes de dernières minutes, à la préposée à la salubrité qui a nettoyé la chambre avant le dévoilement et au personnel de l'étage qui s'est occupé de tenir monsieur Chanceux loin de sa chambre toute la journée!

Je souhaite une longue vie à l'organisme Décor AdoNné afin de continuer de donner du bonheur à des gens qui en ont grandement besoin!  Il est d'ailleurs possible de leur faire des dons si jamais ça vous dit!

PAGE FACEBOOK DE Décor AdoNné

La Chambre de monsieur Chanceux Avant / Après:


vendredi 3 janvier 2014

Rétrospection et introspection

Il y a exactement un an, à pareille date, je retournais travailler au CHSLD privé où j'avais déjà travaillé quelques mois.  Il y a un an jour pour jour, j'étais convaincue d'avoir trouvé LA job de rêve, celle où je resterais probablement jusqu'à ma retraite.  Dieu qu'on est loin parfois de connaître la vérité!  J'étais à des lieux de me douter de la belle fin qu'on me réserverait quatre mois plus tard!

J'admets out de même que j'ai aimé travailler à cet endroit.  J'y ai rencontré des collègues super.  Les lieux physiques sont tellement propices au loisir; les salles d'activités sont immenses et le terrain sur le bord du fleuve est magnifique pour les activités extérieures en été.  Évidement les résidents, comme partout ailleurs, sont attachants et apprécient notre travail.

Cependant, je n'ai jamais ressenti la confiance de ma patronne.  J'ai toujours eu ce sentiment d'être épiée, surveillée, observée sur tout ce que je faisais et sur comment je le faisais.  Je n'avais jamais connu cette sensation ailleurs.  En y repensant comme il faut, je suis finalement bien heureuse qu'on m'ait si gentiment montré la porte!

En effet, si j'étais encore là-bas, je me taperais le trafic vers Montréal tous les matins, je vivrais soir après soir la course contre la montre pour arriver à temps à la garderie et à l'école pour prendre les enfants et surtout, je crois que je ne serais pas heureuse au travail car il me manquerait toujours ce sentiment de confiance que m'accorde totalement ma nouvelle patronne.

Bref, sans ce congédiement, je n'aurais jamais été embauché au CSSS où je me trouve maintenant.  Je n'aurais pas le bonheur de travailler à quelques minutes de la maison et sans jamais subir le moindre trafic.  La complicité entre tout les membres du personnel et la confiance de mes supérieurs sont également des points qui ne se comparent même pas à l'autre milieux.

En ce temps de l'année où l'on fait des rétrospections sur les derniers mois qui viennent de passer, je peux affirmer que 2013 a été chargée en émotions fortes pour moi.  En faisant ma propre introspection, je sais que j'ai fait les bons choix pour mon bonheur professionnel et que finalement, malgré le lot de complications que cet événement aura apporté dans ma vie, il s'agit de la plus belle chose qui me soit arrivée l'an passé!

De plus, sans cette mise à pied, je n'aurais jamais eu de source d'inspiration pour débuter ce blogue!  Alors mon souhait pour 2014, c'est que mon emploi demeure stable et motivant et de pouvoir continuer de vous en livrer les hauts et les bas!

Je vous souhaite à tous la santé bien sûr, mais également un emploi qui vous plaît et qui soit à la hauteur de vos espérances!  Bonne année 2014!

lundi 23 décembre 2013

Croire au Père-Noël

Peut-être me trouverez-vous ''bébé'' mais moi je crois au Père-Noël.  Oui, oui!  À 31 ans j'ai encore mon coeur d'enfant qui s'émerveille de la magie de Noël.  Bien entendu, je trouve craquante la belle naïveté de mes enfants qui croient fermement à toutes ces belles histoires de Père-Noël, de lutins et de rennes.  Par contre, quand on devient adulte, je crois qu'il est essentiel de préserver ces belles croyances dans notre coeur.

Je n'ai pas honte de l'avouer; j'adore le temps des Fêtes et toute la charge émotionnelle qui vient avec.  Parfois, c'est effectivement bien triste mais ça ne dure jamais longtemps parce que le temps des Fêtes, c'est surtout une période de l'année remplie de joies!

Aujourd'hui, c'était la tournée annuelle du Père-Noël au centre.  Bien entendu, il s'agissait du vrai en personne.  Il connaît chaque résident par son nom et il sait s'ils ont été sages ou non!  Chaque résident sans exception a été visité par le gros bonhomme rouge.

Tous les visages s'illuminent dès qu'ils le voient arriver!  Même les mémoires les plus atteintes trouvent un air familier à ce personnage du Pôle-Nord.  Je ne compte plus le nombre d'entre eux qui ont affirmé avoir toujours cru en lui et croire toujours en lui à 80-85 ou même à 95 ans!  Certains avaient la gorge nouée par l'émotion de lui serrer la main, d'autres ont même versé quelques larmes et certains sont tout bonnement éclatés en sanglots.

Peu importe notre âge, le Père-Noël a toujours ce pouvoir de rendre les gens heureux!  Je vous laisse sur les sages paroles qu'une dame a prononcées ce midi juste avant de pleurer:  ''J'ai toujours dit à mes enfants de croire au Père-Noël et que la journée où ils cesseraient d'y croire, ils seraient bien malheureux!  Moi je crois encore en vous à 82 ans Père-Noël!''

Joyeux Noël à vous!

mardi 17 décembre 2013

Le jour de la marmotte

Cette semaine, ce sont nos dîners de Noël au Centre.  Les familles des résidents sont invitées à partager un repas traditionnel des Fêtes dans notre salle d'activité et un musicien met de l'ambiance et fait ''lever le party''.

Dans certains centres, toutes les unités font le dîner de Noël la même journée.  Les résidents et leurs invités mangent à l'étage et il y a un musicien différent sur chaque unité.  C'est alors une très grosse journée pour le technicien en loisirs qui passe son temps à faire la tournée des étages pour s'assurer que tout se déroule comme prévu et qu'il ne manque de rien nul part.  On est brûlé à la fin de la journée mais une fois que tout est rangé, c'est fini!

Chez nous, il n'y a pas assez d'espace sur les unités pour pouvoir manger sur les étages en compagnie des membres de familles.  Nous devons donc, comme dans beaucoup d'autres centres, faire le dîner de Noël dans la grande salle d'activité, qui n'est tout de même pas assez grande pour pouvoir contenir tous les résidents avec tous leurs invités.  Comme il y a quatre étages, on refait alors le même dîner quatre jours de suite.

Chaque jour c'est exactement la même chose qui se reproduit: mettre les couverts, servir le même repas, faire le même discours, écouter le même musicien (heureusement qu'il est bon!), débarrasser, nettoyer et... recommencer!  Une vague impression de déjà-vu de jour en jour.  En fait, les seules choses qui diffèrent d'un jour à l'autre, ce sont les participants!

Je ne m'en plains pas du tout!  Ce sont des journées qui passent terriblement vite et surtout, on s'amuse vraiment!  C'est toujours un plaisir de rencontrer les membres de famille, de voir les résidents mis sur leur trente-six pour l'occasion et arborer un sourire fendu jusqu'aux oreilles!  Par contre, à deux heures de l'après-midi, quand tout le monde quitte la salle, j'irais me rouler en petite boule dans un coin de la salle et je dormirais bien une heure ou deux!  J'ai le cerveau en compote!

Demain c'est donc ma deuxième moitié de semaine qui commence!  Scène un prise trois!  La tourtière et la dinde me sortent déjà par les oreilles et j'ai des ampoules aux pieds à force de danser!  Courage, il n'en reste que deux!  Mais soyez rassurés, j'ai réellement hâte de fêter avec les deux dernières unités!  La joie qui se lit sur les visages vaut tout l'or du monde, je vous le garanti!

Ma fin de semaine sera grandement méritée et appréciée!

vendredi 6 décembre 2013

Minuit chrétien

Comme je vous le disais au début du mois, notre sprint d'activités des Fêtes est officiellement commencé.  Hier une chorale venait nous faire un spectacle de Noël.  Au cours de ma carrière, j'en ai vu plusieurs chorales mais sérieusement, celle-là était particulièrement excellente!  Je me suis même demandé à un moment s'ils faisaient du ''lip sync'' par dessus une trame sonore tellement ils chantaient à l'unisson.

Dès les premières mesures du traditionnel Minuit chrétien, j'ai réalisé en observant les résidents que beaucoup d'entre eux avaient la larme à l'oeil.  Certains pleuraient même comme des Madeleines!  Le motton à la gorge, j'ai dû sortir de la salle d'activité avant de déborder moi aussi.

C'est fou comme la musique fait travailler l'esprit non?  Le temps des Fêtes, c'est une période chargée en émotions et en souvenirs pour bien des gens.  Imaginez lorsqu'on a 90 ans, ça fait plusieurs Noëls à se rappeler!

Qu'on soit en centre d'hébergement ou non, la période des Fêtes nous rappelle toujours qu'il y a des gens qu'on aimait qui ne sont plus là mais il faut se remémorer aussi, les réjouissances en familles, la bonne nourriture, les cadeaux, les décorations et le plaisir!

Heureusement qu'après le Minuit chrétien, c'est le party qui commence!

dimanche 1 décembre 2013

Décembre!

Hé ouais!  Déjà le mois de décembre qui frappe à nos portes!  Je sais que je l'ai déjà dit mais c'est incroyable comme le temps passe vite!

Une personne qui travaille en loisirs en centre d'hébergement qui n'aime pas Noël est bien malheureuse en cette période de l'année je peux vous l'assurer!  Pour nous la période des Fêtes se prépare pratiquement six mois à l'avance!  Sans blague; il faut penser réserver les musiciens pour nos repas de Noël (si on en veut des bons) en janvier ou février.  Ce qui veut également dire que dès que le ''party'' est terminé, on détermine immédiatement  la date pour celui de l'année suivante!

Puis en septembre, on rédige les lettres d'invitation aux familles.  Le tout est posté en octobre pour que les réponses arrivent en novembre.  Par la suite, on court comme des poules pas de têtes!  Réunions avec le service alimentaire, comptabiliser l'argent de la vente des billets, faire les listes d'inscriptions des résidents, placer la salle...

Sans compter tout ce qui s'ajoute aussi à la programmation en plus des repas de Noël.  La décoration du centre est pratiquement toujours sous la responsabilité du service des loisirs (et je peux vous assurer qu'un centre avec quatre unités de vie, c'est long à décorer!), une dizaine de chorales se bousculent pour venir nous offrir des concerts (gratuits ou non), des organismes comme les Chevaliers de Colombs, les Filles d'Isabelle ou encore le Cercle des Fermières veulent venir faire des visites aux personnes seules, on reçoit même parfois des petits paniers cadeaux pour ceux qui ne reçoivent jamais de visite.

Au travers la multitude d'activités, il faut aussi penser à se réserver un moment pour un dîner ou un souper pour remercier nos bénévoles.

Dans certains centres, le service des loisirs dispose d'un budget pour acheter un petit cadeau à chaque résident.  Devinez qui emballe 160 cadeaux?  D'accord, parfois, on achète les cadeaux dans une compagnie qui offre aussi le service d'emballage mais d'autres fois pour économiser, on le fait soi-même!  Et puis quand le tout est emballé, la Fée des Étoiles peut faire la distribution accompagnée du Père-Noël!


Il y aussi les messes de Noël et du Jour de l'an!  Bien qu'habituellement, les loisirs ne s'occupe pas des activités religieuses, pour ces messes, on prête main forte car la participation est plus grande.  Chez nous, il y a aussi une petite collation spéciale qui est servie après ces messes.  Les réveillons (qui se terminent pas mal plus tôt que dans ma famille!) sont aussi au calendrier.

S'ajoutent aussi parfois les ''partys'' de bureau qui sont parfois organisés avec la collaboration des techniciens en loisirs, pas chez nous heureusement!  Enfin, n'oublions pas d'inclure les activités régulières et incontournables comme le bingo, les sacs de sables, pétanque et compagnie!  Pour deux techniciennes en loisirs à temps partiel qui ne se croisent pas trop souvent, disons que notre calendrier de décembre a été un vrai casse-tête à organiser, mais nous y sommes parvenues!

C'est donc un gros mois qui commence pour moi mais je ne m'en plains pas, loin de là!  J'adore cette période de l'année et encore plus depuis que mes enfants sont là pour en faire revivre la magie!  Bon mois de décembre à tous!

mardi 26 novembre 2013

Quand le loisir n'est plus agréable

Parce que malheureusement, ça arrive...  Pas souvent, mais parfois.  C'est l'histoire de monsieur Chose-Bine:

Monsieur Chose-Bine est le genre de résident grognon, pas grognon dérangeant ou désagréable en activité mais disons que ce n'est pas un grand bavard ni monsieur Sourire!   C'est un ancien cultivateur veuf de 95 ans, qui a élevé sept enfants.  Pour son âge, on peut dire qu'il est en grande forme car il se déplace à une vitesse impressionnante avec sa marchette!

C'est probablement le résident qui participait le plus aux activités du centre.  Il était toujours présent; bingo, pétanque, film, poches, sortie, repas communautaire, bricolage...  On n'avait qu'à lui dire où et quand, il était au rendez-vous!

Monsieur Chose-Bine était un de ceux qui sont autorisés à circuler librement dans le centre et dans la cour.  Étant un fumeur, quand il n'était pas à sa chambre ou aux activités, on le trouvait au fumoir.  L'été, il pouvait aussi être dans la cour.  Toujours sur la trotte!

En plus de ses journées bien remplies, monsieur Chose-Bine a un de ses fils qui vient le voir tous les jours, sans exception.  Fils a une légère déficience intellectuelle mais est très présent pour son père et s'en occupe comme le ferait une mère!  Fils regarde le calendrier des activités et réserve toujours une place pour son père aux sorties, nous appelle presque tous les matins aux loisirs pour s'assurer qu'on n'oublie pas d'aller chercher son père pour l'activité prévue aujourd'hui et salue tout le personnel sans oublier personne à son arrivée.

Depuis environ un mois, son comportement à dramatiquement changé. Il peut facilement passer quinze minutes dans l'ascenseur à ne pas savoir à quel étage se trouve le fumoir ou sa chambre.  Il oublie sa marchette dans une pièce et passe des heures à la chercher par la suite.  Aux activités, il s'inquiète de savoir où se trouve sa voiture et affirme que sa femme l'attend chez lui.  D'ailleurs, lors de la dernière sortie à laquelle il a participé, il ne voulait rien savoir d'embarquer dans l'autobus car c'est sa voiture qu'il cherchait dans le stationnement.  Il devient agressif quand on le contredit car dans sa tête, il n'habite pas au centre, mais dans sa maison!  Participer aux activités le stresse maintenant beaucoup trop, il angoisse.

Quand il remonte à son étage, il est très agressif avec les autres résidents et le personnel.  D'un commun accord avec l'équipe de soin, il a été convenu que monsieur Chose-Bine porterait maintenant un bracelet l'empêchant de prendre l'ascenseur seul (une alarme sonne quand il y entre et on doit composer un code pour activer l'ascenseur) et qu'il ne participerait plus aux activités qui ne se font pas à son étage.

C'est bien triste pensez-vous en cet instant...  Mais dites-vous que ce genre de décision n'est jamais prise sur un coup de tête.  C'est une décision prise en équipe interdisciplinaire; travailleur social, infirmière, physiothérapeute, technicien en loisirs...  Même le docteur a été consulté dans ce cas.  De toute façon, monsieur Chose-Bine ne pense plus du tout à se divertir ces temps-ci...

Dites-vous également que celui qui souffre le plus de cette décision, ce n'est pas lui, c'est son fils car il est convaincu que son père va s'ennuyer...  Il a fallu lui expliquer souvent et de bien des manières vu son léger retard.  Le premier matin, l'infirmière le rencontre et lui explique le fonctionnement du bracelet anti-fugue et la nouvelle règle à suivre.  Quelques minutes plus tard, je vais animer un jeu à cet étage.  À la fin de mon activité, j'annonce aux résidents qu'il y a un spectacle dans la grande salle dans l'après-midi et Fils me rappelle de ne pas oublier son père car il aime la musique.  Décidément, il n'a pas compris!

Le lendemain, un message sur ma boîte vocale de Fils me demande d'aller chercher son père pour l'activité prévue dans l'après-midi parce que ce dernier ne peut plus prendre l'ascenseur tout seul...  Il ne comprend donc toujours pas tout à fait!  Comme Fils quitte le centre avant l'heure de mon activité, je ne vais pas chercher monsieur Chose-Bine.

Le surlendemain, Fils m'appelle et me demande d'aller chercher son père pour l'activité de l'après-midi et me demande par la même occasion pourquoi je ne suis pas allé le chercher la veille.  Alors je lui explique encore une fois (après l'explication de l'infirmière, de ma collègue et de la travailleuse sociale) que son père ne retire plus aucun plaisir aux activités qui ne sont pas sur son unité car ça le stresse.  Qu'il pourra toujours participer à tout ce qui se fait à l'étage.  Et plus pour lui donner un peu d'espoir, j'ajoute que dans quelques mois, s'il va mieux, on pourra toujours le réintégrer à toutes les activités.  Mais honnêtement, je doute qu'à son âge vénérable ça se produise.

Aujourd'hui, on a fait ce qu'on appelle un Plan d'Intervention.  L'équipe de soin s'est réunie avec deux des fils de monsieur Chose-Bine pour leur expliquer officiellement les décisions qui ont été prises pour leur père et répondre à toutes leurs interrogations et inquiétudes.

C'est toujours plus difficile pour les membres de famille que pour le résident lui-même ce genre de situation.  Ça s'est tout de même très bien déroulé.  Ses fils ont finalement bien compris que nous agissons dans l'intérêt de monsieur Chose-Bine, ça fait beaucoup de choses à accepter et à comprendre pour eux.

Bref, le loisir est là pour divertir les résidents et leur procurer du bonheur mais quand le loisir devient une  source de stress et d'angoisse, il est effectivement plus délicat de ne plus offrir d'activité à ce résident.  Heureusement que ce genre de situation n'arrive pas régulièrement!