dimanche 6 octobre 2013

Acceptable ou immoral?

Laissez-moi vous raconter une histoire:

Monsieur et Madame D'amour sont mariés depuis maintenant 55 ans.  Ils ont cinq enfants, treize petits-enfants et depuis peu, un arrière-petit-fils.  La vie n'a pas toujours été facile pour eux, ils ont eu leurs hauts et leurs bas, mais comme ils se sont toujours aimé très fort, ils sont toujours passé aux travers des crises.

Depuis environ une dizaines d'années, la santé de Madame D'amour a été très affectée.  Au début, c'était de petits oublis rigolos, ranger le lait dans l'armoire, mettre ses clés dans le pot à biscuits.  On pouvait facilement attribuer ces actes à de la distraction.  Après tout, depuis sa retraite, elle n'arrêtait pas un instant!  Garder les petits-enfants, faire du bénévolat auprès des plus démunis, voyager avec son mari, participer aux réunions du club de tricot du centre communautaire...

Puis les petits oublis sont devenus de gros oublis.  Oublier de fermer le four et partir pour la journée, oublier le chemin pour revenir à la maison, et de plus en plus souvent, oublier l'heure de la journée...  Les nuits sont vites devenus des cauchemars pour Monsieur D'amour qui se réveillait toujours en même temps que sa femme pour éviter qu'elle ne se blesse ou sorte pieds nus dans la rue en plein mois de janvier.  Après deux ans de ce régime, les enfants et lui se sont réunis et en sont venus à la difficile et triste conclusion de placer Madame D'amour en CHSLD pour sa sécurité et pour la santé de leur père.

C'est donc ce qui a amené Madame ici, il y a un peu plus d'un an maintenant.  Son mari, qui l'aime toujours vient la visiter immanquablement tous les jours sans exception depuis qu'elle habite ici.  Il l'accompagne parfois aux activités, lui amène des gâteries, s'assure qu'elle ait tout ce dont elle a besoin et qu'elle soit bien traitée.  Monsieur D'amour vient donc voir sa femme au minimum deux heures tous les jours depuis plus d'un an, seulement Madame D'amour elle, ne le reconnaît plus...

Madame D'amour régresse tandis que l'Alzheimer lui, progresse.  Les périodes de lucidité sont passées de très peu fréquentes à son arrivée à inexistantes aujourd'hui, au grand désespoir de son mari et de sa famille.  Madame D'amour sait qu'elle est mariée cependant, c'est le beau jeune homme dans la vingtaine qu'elle a épousé qu'elle attend près de sa fenêtre tous les jours.  Elle ne reconnait pas son homme dans les traits du vieillard qui vient la voir tous les après-midis.

Monsieur D'amour, étant un homme de son époque, a de la difficulté à vivre seul malgré toute l'aide qu'il reçoit de ses enfants et de ses petits-enfants.  La solitude lui pèse quand tout le monde repart après un souper familial ou qu'il rentre chez lui après une visite à sa femme.  Il y a quelques mois, il a rencontré une charmante veuve récemment emménagée dans son immeuble.  Elle est d'agréable compagnie, ils font des sorties ensemble, s'appellent et se visitent régulièrement.

La femme du voisin de chambre de Madame D'amour les a vus marcher main dans la main hier soir sur la rue.  Elle était tellement choquée du comportement de Monsieur D'amour qu'elle en a parlé à tout le monde au Centre ce matin en arrivant; le personnel, les résidents de l'étage, les bénévoles et même aux autres visiteurs!  Heureusement que Madame D'amour n'est pas en mesure de comprendre que tout le monde ne parle que de son mari depuis ce matin!

Il s'agit d'un cas réel, d'une situation dont j'ai été témoin plus d'une fois.  Les rôles de la femme et du mari peuvent très bien être inversés.  Monsieur D'amour a marié sa belle pour le meilleur et pour le pire.  Le pire étant arrivé, il continue de lui être dévoué même si elle n'a aucune idée de qui il est pour elle.  Est-ce acceptable que Monsieur continue de s'occuper religieusement de sa femme tout en en  fréquentant une autre?  Ou bien est-ce immoral de penser qu'il passe du bon temps avec une femme pendant que la sienne est encore bien vivante et qu'ils ne sont pas séparés?

Ça porte à réfléchir n'est-ce pas?

jeudi 19 septembre 2013

Et voilà!

Les dés de mon avenir sont lancés.  Mon sort dépend maintenant d'une feuille de papier 8 1/2 par 14 que j'ai faxé aux bureau des ressources humaines du CSSS ce matin.

C'est effectivement aujourd'hui que débutait l'affichage du poste que j'occupe présentement.  Le poste a été affiché en quart de soir.  Donc 3 soirs semaine de midi à vingt heures.  Ça ne m'intéresse pas le moins du monde.  Mais j'ai postulé quand même, par principe et pour la forme.

Vous savez ce qui est merveilleux dans la vie?  Les hasards!  Ma collègue, qui travaille quatre soirs semaine est intéressée au poste.  Vous ne comprenez sûrement pas ce qui est si génial dans cette affirmation n'est-ce pas?  Une explication et une mise à jour de la situation s'impose alors.

Ma collègue n'a pas de poste.  Elle est en fait sur un remplacement elle aussi.  Elle remplace une fille qui est partie depuis un peu plus de deux ans nous représenter au syndicat.  Elle ne cache pas qu'elle n'a pas l'intention de revenir en tant que technicienne en loisirs.  Du moins, pas dans un avenir rapproché.  La personne qu'elle remplace a un temps complet de jour.  Sauf que comme les normes ministérielles obligent qu'il y ait des soirs d'activités dans les CHSLD, ils ont décidé de la remplacer de soir, quatre jours semaine, question d'économiser une journée de salaire par semaine.  Ma collègue a aussi une compagnie à elle.  C'est pourquoi travailler de soir et à temps partiel fait son affaire.

Donc, ce qui est bien dans tout ça, c'est qu'en appliquant sur le poste elle aussi (et c'est elle qui l'obtiendra car elle a plus d'ancienneté que moi), son remplacement à elle sera disponible.  Et il redeviendra de jour puisqu'elle assurera les soirées avec son nouveau poste!

Vous imaginez, tout se placerait comme par magie!  Bon, bien sûr à condition que personne d'autre de plus ancien qu'elle n'applique (mais sur un temps partiel de soir, ça m'étonnerait beaucoup) et qu'on m'octroie son remplacement (mais je suis la seule personne disponible sur la liste de rappel).  Disons que ce ne sont que des techniqualités de paperasses administratives...

Donc, il ne reste qu'à attendre le verdict qui tombera la semaine suivant le 4 octobre!  Alors bonne chance Collègue!  Je serais vraiment heureuse que tu obtiennes ce poste et je serais très honorée de continuer à travailler avec toi car il y a tellement de projets en l'air!

Si non, j'ai aussi été réembauchée au CSSS où j'ai travaillé avant d'aller au CHSLD privé qui m'a foutu à la porte.  Rien de très concret pour l'instant puisque ce n'est que pour être sur la liste de rappel.  Ils n'ont rien à offrir pour l'instant.

Disons que c'est plutôt un geste symbolique ayant pour but de protéger ma profession:  quand j'ai quitté, ils n'ont trouvé personne pour remplacer le deux jours semaine que j'occupais.  Ils ont donc engagé une animatrice, une personne qui n'avait pas de diplôme d'intervention en loisirs et qui, de ce fait, était payée beaucoup moins cher que nous.  Puis, il y a eu des coupures de postes et de la supplantation alors la technicienne en loisirs qui se trouvait sans emploi a été à son tour supplanter l'animatrice.

Par contre, l'animatrice en question est sur la liste de rappel et peut aller remplacer une technicienne en loisirs alors pourquoi l'employeur chercherait à embaucher une personne qui ne travaillerait que quelques jours par année quand il a du ''cheap labor'' à sa disposition?

J'ai alors contacté mon ancien syndicat à qui j'ai transféré un courriel écrit le lendemain de mon renvois du CHSLD privé où j'envoyais mon CV à mon ancienne patronne.  Le syndicat a alors ''obligé'' les ressources humaines à me réembaucher car ce n'est pas légal syndicalement parlant de se faire remplacer par une personne qui n'a pas le même titre que nous.

Comme mon dossier d'employé était sans tache, ça n'a été qu'un nouveau contrat à aller signer et une nouvelle disponibilité à remettre.  Je garde le même numéro d'employée que j'avais.  Ça a été très rapide.

Donc je sais que je ne serai peut-être pas appelée régulièrement, il n'y a que le centre de jour qui remplace les techniciens en loisirs quand ils s'absentent pour une journée.  N'empêche qu'il me fera grandement plaisir de revoir mes anciens collègues quand je serai contactée!

Bon, alors sur ces nouvelles, je vous en redonne après le 4 octobre!  En espérant que c'en soit des bonnes!

mardi 10 septembre 2013

Question d'âge

L'âge, quel sujet intéressant...  Est-on est vieux ou jeune aux yeux des autres?  Tout est relatif j'imagine...  Il y a l'âge mental, l'âge légal, l'âge de raison, l'âge réel...  Depuis que je travaille avec les personnes âgées, ma perception de l'âge a beaucoup évoluée!

Ça me fascine toujours de demander l'âge aux personnes âgées (parce que rendu à un certain âge, ce n'est plus un crime de le demander!).  Ceux qui sont lucides vous donneront leur âge réel en étant fier de ce qu'ils ont accompli, ou avec un brin de tristesse dans le regard pour ceux qui sont plus hypothéquer que les autres.  Mais les gens qui ont des démences ou des troubles cognitifs vous répondent un âge différent.  Dépendant d'où ils sont rendu dans leur esprit.

Je me souviens une fois à mes tout débuts, j'avais 23 ans à l'époque, j'étais dans l'ascenseur avec un monsieur très gentil et très confus.  Je l'amenais assister au spectacle de musique dans la grande salle.  Je lui dis:  ''On s'en va écouter de la musique.''  Il me répond:  ''J'aime bien danser le rock'n'roll!''  ''On pourra danser ensemble si vous voulez!''  ''Je crois que vous êtes un peu trop vieille pour moi madame!''  qu'il me répond un peu gêné.  Et moi je le regarde un peu surprise par sa réponse mais quand même amusée: ''Quel âge avez-vous monsieur?''  ''Moi, j'ai 16 ans madame!''  Et moi, comprenant qu'il est revenu plus tôt dans sa vie je lui répond avec un grand sourire:  ''Alors vous avez raison mon cher monsieur, moi j'ai 23 ans, c'est un peu trop vieux pour vous!''

La semaine dernière, un peu le même genre de situation.  Je cogne à la porte d'un monsieur pour l'amener à l'activité.  ''Bonjour monsieur, on descend à l'activité?''  Et lui très content me tend la main avec grand plaisir:  ''J'ai travaillé 40 ans dans un fonderie moi madame!''  ''Ah oui?''  ''Oui madame!  Et j'aurai 80 ans en octobre!''  ''Wow, vous avez encore une bonne poigne!''  Et lui de me demandez: ''Vous, vous devez approchez de cet âge-là aussi?''  Alors là, je suis vraiment partie à rire au beau milieu du couloir!  Décidément, les hommes âgés me trouvent toujours trop vieille!  ''Heu, en fait, il me reste encore une couple d'années avant d'y arriver!''  ''Ah ok, une trentaine d'années environ?''  Je lui ai simplement souris, à quoi bon tout expliquer dans ce genre de situation!

Les femmes elles par contre, me trouvent toujours très jeune.  C'est bon pour le moral!

Du point de vue d'un enfant, c'est drôle aussi!  En fin de semaine, j'étais au McDonald avec mes deux enfants.  On était assis à une table en train de manger et une femme d'environ 60 ans passe devant notre table avec son cabaret.  Ma fille de quatre ans s'écrie vraiment fort pour s'assurer que tout le restaurant l'entende:  ''Salut vieille madame!''  Je vous dis pas comment j'étais gênée, je me serais cachée sous la table!  Heureusement, c'était une dame sympathique qui s'est tout de suite mise à rire de bon cœur et lui a répondu:  ''Habituellement les gens me disent salut ma tante, mais c'est vrai que je suis plus vieille que toi!''  Je me suis empressée de lui dire en riant quand même moi aussi:  ''Je suis vraiment désolée madame!''  Et elle:  ''Bah, c'est pas grave, ils n'ont pas de filtre à cet âge-là!'' 

Pourtant, je trouve que la dame n'avait pas l'air plus vieille que ma mère, par exemple.  Mes enfants n'ont jamais trouvé que mes parents avaient l'air vieux...  Mais quand j'y pense, c'est vrai que quand j'étais enfant, je trouvais que mes parents étaient vieux!  Les adultes c'était sérieux, c'était quétaine et ça écoutait de la musique plate. Quand j'avais dix ans, même 20 ans c'était vieux pour moi!  Dans ma petite tête, j'aurais 18 ans à l'an 2000, les voitures voleraient, c'était le futur très lointain!

Tout ça pour dire que c'est mon anniversaire aujourd'hui!  Eh ouais, 31 ans, déjà.  Je vous ai déjà dit que le temps passait vite?  Aujourd'hui j'ai 31 ans, les voitures ne volent toujours pas et je ne me sens pas vieille du tout!  J'écoute un peu tout les styles de musique et j'espère que je ne suis pas quétaine!  À quel âge doit-on commencer à se sentir vieille, le savez-vous?  Parce que moi, la trentaine, ça ne m'a pas affecté.

C'est quoi l'âge?  Une bougie de plus sur son gâteau?  Une ride de plus au coin des yeux?  Pour les personnes âgées, je suis une jeune de 31 ans, pour les enfants, je suis une vieille de 31 ans, pour moi, je suis juste une femme de 31 ans!  J'ai le cœur jeune, je sais m'amuser, me faire plaisir et je suis entourée de gens merveilleux!  J'ai la certitude que je me sentirai encore jeune à 50, 80 et même à 100 ans si je m'y rend!

Alors bonne fête à moi!  Je vous laisse deviner ce que je me souhaite!

lundi 26 août 2013

Le temps file!

Le temps file rapidement. À une vitesse incroyable et plus il passe, plus j’angoisse. Septembre arrive beaucoup plus vite que je ne l’avais imaginé en commençant à travailler ici en mai. La semaine prochaine déjà! À travers l’été, j’ai bien réussis à intercepter quelques informations concernant mon remplacement. Des informations incomplètes, soutirées à un peu tout le monde, morceau par morceau. Des rumeurs de toutes les sortes. Réelles ou non fondées? J’ai eu des moments d’espoirs, des périodes de découragement.
 
Au départ, il devait s’agir d’un remplacement à temps complet au CHSLD jusqu’à ce que le poste soit affiché, lui aussi à temps complet au CHSLD. Par la suite, on m’a dit que ça resterait un temps complet mais divisé entre deux CHSLD, trois jours dans un, deux jours dans l’autre; ce que je fais en ce moment. Ma patronne m’a rencontré la semaine dernière pour m’annoncer que le poste serait effectivement affiché en septembre mais à raison de trois jours semaine.
 
Trois jours, c’est quand même mieux que rien me direz-vous! Et je suis totalement d’accord avec vous. Seulement, deux jours de salaire en moins, c’est quand même une somme considérable… Et puis, il n’est pas encore dit que c’est moi qui obtiendrai ce poste! Il me semble qu’un quatre jours semaine serait tout à fait convenable et me conviendrait parfaitement pour pouvoir concilier travail et famille. Je sais qu’en ce moment ma patronne travaille très fort pour tenter d’en obtenir un peu plus. Parce que ce n’est pas elle non plus qui a le pouvoir de décision final. C’est là les joies de travailler dans le système gouvernemental! Il paraîtrait que les deux journées coupées ici seraient redistribuées dans les autres CHSLD du CSSS qui ont moins de jours d’activités par semaine. Elle m’affirme que la ou les journées qui seront ajoutées me seront proposées. Mais encore là, je n’en suis pas certaine. Il y a des personnes qui travaillent à temps partiel et qui ont plus d’ancienneté que moi.
 
En tout cas, je peux vous affirmer que ces temps-ci, je me sens vraiment comme une balle de ping-pong qui revole partout au gré des joueurs. Je sens que mon sort dépend de bien des gens et que je n’ai rien à dire en ce qui me concerne. J’ai l’impression de devoir quêter chaque journée de travail. C’est un sentiment tellement désagréable, je ne sais pas si vous pouvez imaginer. Ne pas être maître de sa propre destinée! C’est frustrant, angoissant, déstabilisant, déroutant… Enfin, vous voyez ce que je veux dire! Je n’ai jamais été aussi stressée de ma vie! Je me ronge les ongles comme jamais et j’ai des rages de cigarette incroyable, moi qui ne fume plus depuis presque six ans!
 
Vous comprendrez que je n’ose pas changer le nom de mon blogue encore même si je travaille à nouveau depuis maintenant presque quatre mois. J’ai tellement peur que mon quotidien redevienne celui d’une chômeuse! En même temps, je dois me dire que ça ne sera sûrement pas le cas, parce que si ce n’est pas moi qui ai le poste, ça libérera un autre endroit et je ne ferai que changer de place… Encore une fois! Mais c’est plus facile de le dire que de me le rentrer dans la tête! Je continue malgré tout de croire et d’espérer! Pas facile mais j’y travaille bien fort! En même temps, je me permet de regarder les offres d’emploi à l’occasion mais le ‘’timing’’ est mauvais en ce moment on dirait…

jeudi 25 juillet 2013

Le bingo

Un incontournable en centre d’hébergement n’est-ce pas?  Je connais très peu (voir aucune) résidence pour personnes âgées qui n’organise pas au moins un bingo par mois.  De plus, on dirait qu’il s’agit toujours de l’activité où on a le plus de bénévoles pour nous aider!
 
C’est une activité que la majorité des résidents apprécie, facile à organiser et qui roule pratiquement toute seule.  Bref, un must comme on dit.  Mais croyez-vous vraiment qu’il s’agisse d’une activité dénuée d’objectifs à atteindre?  D’une activité quétaine ne représentant aucun défi pour la clientèle?  Laissez-moi vous décrire une activité de bingo typique en CHSLD.  À quelques détails près, c’est comme ça que ça se passe partout.  Vous saurez me dire par la suite si vous avez toujours la même vision du bingo.
 
D’abord, comme c’est une activité très populaire, on calcule facilement de 30 à 60 minutes pour aller chercher tous les participants, dépendant de l’emplacement de la salle d’activité.  On entasse tout ce beau monde de la façon la plus logique possible (ceux qui ont besoin d’aide près d’un bénévole, ceux qui doivent voir le tableau face au tableau, ceux qui doivent être près du ‘’calleur’’ pour bien entendre les numéros, ceux qui ont leur place ‘’attitrée’’, ceux qui veulent absolument être assis à côté de leurs amis…) dans une salle parfois non climatisée (comme c’est le cas où je travaille) même s’il fait 45o Celcius avec l’humidité.
 
Dépendant si le bingo est payant ou non, il faut gérer la caisse.  On doit prendre l’argent de Mme Unetelle dans son compte, M. Machin-chouette paie de ses poches, M. Manche-de-pelle est convaincu qu’il nous a déjà payé mais ce n’est pas le cas, Mme Marie-quatre-poches est triste parce qu’elle voulait jouer avec trois cartes mais la limite c’est deux cartes par personne…
Si vous avez déjà été dans une ‘’vraie’’ salle de bingo, oubliez tout de suite l’image que vous en avez.  En CHSLD, on joue avec des cartes adaptées (sauf peut-être quelques centres qui font exception).  Ce sont des cartes avec des petites portes que l’on ferme au lieu de mettre des ‘’pitounes’’ qui se retrouveront toutes par terre à la fin du jeu.
 
Les tours en T, en X ou en L sont des notions beaucoup trop difficiles à saisir pour nos résidents.  On se contente des quatre coins, de la ligne et de la carte pleine et c’est encore parfois trop complexe.  Oubliez également le débit rapide du ‘’calleur’’.  Chez nous, on prend le temps d’articuler comme il faut les numéros et on prend soin aussi de bien les répéter deux fois (parfois plus selon la demande!).  O souassante et quinze, O sept-cinq.  Elle a dit O soixante-treize?  En callant, on a aussi droit à toutes blagues universelles de bingo du genre :  B sept.  Hey, c’est le frère André!  (Bessette…)  O soixante-six.  Saucisse!  O soixante-neuf.  Le chiffre cochon!  Vous voyez le genre?
 
Les joueurs maintenant.  Il y a les personnes qui ont besoin d’aide et qui se font aider par les intervenants ou les bénévoles.  Parfois à cause d’un handicap visuel ou auditif ou encore à cause de troubles cognitifs.  Notre rôle consiste alors à leur indiquer avec notre doigt le numéro qui vient d’être nommé et le résident ferme la petite porte lui-même s’il en est capable.
 
À ce sujet, il n’y a rien qui m’enrage le plus que les personnes qui jouent à la place des résidents quand ceux-ci en ont encore la capacité!  Je sais que parfois c’est dans l’unique pensée d’aider mais expliquez-moi alors quel est le but de venir au bingo si on ne fait que rester assis les bras croisés sur la poitrine et regardé quelqu’un d’autre fermer les portes de sa propre carte?  Parce qu’imaginez-vous que le bingo en CHSLD, c’est une activité de stimulation cognitive!  En effet, il faut chercher le chiffre nommé sur sa carte, garder en mémoire quel bingo on fait (ligne, carte pleine…) et vérifier si on a un bingo ou non.  De plus, nous sommes là pour aider les résidents à garder le plus d’autonomie possible, par des gestes aussi minimes que de fermer eux-mêmes la porte de leur carte de bingo.
 
J’ai toujours en tête l’image de Mme Marie-quatre-poches qui est un peu confuse mais tout à fait capable de jouer au bingo toute seule.  Une jeune bénévole est assise à côté d’elle.  Dans ce centre, ils sont super bien équipé pour le bingo, ils possèdent un tableau lumineux, comme dans les vraies salles de bingo ainsi qu’un téléviseur qui affiche la boule suivante.  La bénévole regarde la télévision et ferme toujours la porte sur la carte de Mme Marie-quatre-poches avant que ce numéro ne soit nommé.  Alors quand le ‘’calleur’’ nomme le numéro suivant, Mme Marie-quatre-poches s’écrit chaque fois : ‘’Hey, je l’ai!  Mais il est déjà fermé…’’  Et la bénévole de lui répondre :  ‘’Oui c’est moi qui l’ai fermé.’’  Et Mme Marie-quatre-poches, la mine triste : ‘’Comment tu savais qu’il serait nommé?  Tu le devines tout le temps?’’  Parce que Mme Marie-quatre-poches est placée dos au téléviseur et ne comprend pas qu’on puisse voir le chiffre suivant sur l’écran.  Mais elle est parfaitement capable de jouer en entendant seulement le ‘’calleur’’.
 
Dans les cas des résidents confus, souvent on doit leur laisser une carte fictive.  C’est-à-dire qu’on leur donne une carte pour qu’ils aient l’impression de jouer eux-mêmes mais on donne une carte réelle au bénévole ou à l’intervenant qui l’accompagne et c’est cette carte qui comptera pour que le résident gagne ou non.  Parce que Mme Unetelle passe son temps à ouvrir et fermer les portes de sa carte, même si on lui répète que ce n’est pas le numéro qui vient de sortir.  On s’y perd nous-mêmes au bout de très peu de temps et ça donne de faux bingo.
 
Un autre type de joueur, c’est le résident qui n’est pas trop conscient d’où il se trouve et ce qu’il fait en ce moment.  Parfois, on descend nous-mêmes ce genre de résident parce qu’ils ne sont pas dérangeant et que c’est plus agréable d’être entouré de gens que seul dans un couloir.  Mais il y a aussi les résidents un peu plus ‘’dérangeant’’ que le personnel des unités de vie nous suggère fortement d’amener à l’activité.   On peu comprendre qu’ils veulent un peu de répit à l’étage et c’est un peu notre rôle aussi mais imaginez l’ambiance quand Monsieur Chose crie à tue-tête HEY CÂLISSE!  Entre deux numéros…
 
Le dernier type de joueur est celui qui adore le bingo et qui est parfaitement lucide.  Ceux-là trouvent ça souvent pénible que ça crie, qu’on répète, qu’on prenne notre temps.  Ils ne sont pas toujours en mesure non plus de comprendre que Monsieur Chose ne fait pas exprès de crier pendant le bingo et ça peut donner lieu à des échanges pas très joyeux.  ‘’HEY CÂLISSE!!’’  ‘’Ah ferme donc ta yeule toé!’’  ‘’HEY CÂLISSE!’’  ‘’Remonte donc en haut maudit fatiguant!’’.  Et je reste polie dans le choix de mes mots…  Bref, pas facile d’apprendre à vivre en collectivité.
 
Ensuite quand il y a un gagnant, on vérifie s’il s’agit d’un bon bingo.  Bon, c’était un faux bingo parce que la personne avait fermé une case que le ‘’calleur’’ n’avait pas nommé donc on poursuit.  Évidement, quelques participants ont malheureusement déjà défait leur carte…  Si non, tout est beau, le bingo est bon, on donne le cadeau (ou les sous) au gagnant et on demande de défaire les cartes.  On leur laisse assez de temps pour le faire, on les aide, on vérifie que c’est bien fait partout et on recommence.  Après deux numéros, le bingo est appelé par M. Manche-de-pelle qui avait oublié de défaire sa carte.  C’est inévitable!
           
Puis quand le bingo est terminé, tout ce beau monde se bouscule pour retourner le plus rapidement possible à sa chambre.  Remonter une cinquantaine de résidents quand il n’y a qu’un seul ascenseur dans lequel on peut entrer quatre fauteuils roulants à la fois peu prendre facilement un autre 30 à 60 minutes.  Et il faut parfois, malgré leurs âges, jouer à la police parce qu’ils se bousculent pour passe avant, s’obstinent pour garder leur priorité dans le rang et quelques uns essaient même à l’occasion de nous soudoyer pour qu’on les laisse passer en premier.
 
Alors voilà un bingo typique en CHSLD.  Ça a l’air d’être pénible expliqué comme ça, mais c’est tout de même une activité agréable puisque presque tout le monde aime jouer au bingo.  N’empêche que je voulais démentir la rumeur disant que le bingo n’est qu’un jeu de chance.  J’espère qu’à la lumière de ces explications, vous comprenez maintenant que le bingo fait travailler les fonctions cognitives chez les personnes âgées.
 
Devinez à quoi j’ai joué aujourd’hui?!

mardi 9 juillet 2013

... Et toutes autres tâches connexes

Et oui, c'était ma première journée à l'hôpital aujourd'hui.  Drôle de journée!  Je pense bien que si c'avait été ma première journée à vie en tant que technicienne en loisirs, j'aurais eu peur!  Pourtant, il n'y avait aucune activité au programme!  La journée était réservée à mon orientation.  Il faut dire que cet hôpital est immense et pas très pratique pour les loisirs.  Les étages d'hébergement se trouvent au troisième et au quatrième étage et la salle principale d'activité se trouve au sous-sol, très très loin des ascenseurs.  Mais bon, ce n'est pas du tout la clientèle ni le personnel, ni même les lieux qui auraient pu m'effrayer, mais plutôt le fait que c'était la journée typique du revirement de situation.  La journée parfaite où on se dit:  ''Une chance que je sais me revirer sur un dix cennes!''.

D'abord, ce matin, je visite les moindres racoins du bâtiment avec ma nouvelle collègue, qui m'explique chaque clé.  Je suis habitué de me balader toute la journée avec un trousseau d'une dizaine de clés mais là, j'en ai facilement une vingtaine!  On devait faire le tour du propriétaire et ensuite, placer la salle pour la grosse activité qui aura lieu demain.

En arrivant dans la grande salle au sous-sol, un imprévu de taille nous attendait!  La moitié de la salle était remplie de commodes, de tables de chevet et d'armoires!  Comme le mobilier a été changé dans une unité de l'hôpital, ils ne savaient plus où empiler le vieux mobilier et ils ont pensé que rien de bon ne se déroulait à cet endroit je suppose!  Le monsieur de la maintenance nous assure que le tout sera enlevé en après-midi.

On décide donc de planifier l'horaire des prochaines semaines en m'incluant, parce qu'eux non plus ne savaient pas que je travaillerais avec eux, en attendant l'accordeur de piano qui devait se présenter vers 10h30 pour réparer le piano d'une unité.  10h45, toujours pas de nouvelles du monsieur en question.  On l'appelle et il nous dit qu'il est à la barrière du stationnement et que le gardien de sécurité refuse de le laisser entrer dans le stationnement des employés malgré le fait que nous les ayons averti de sa présence.  On règle la situation, le dirige vers le piano à accorder, on retourne prendre les nouvelles des meubles qui ne sont toujours pas partis et c'est l'heure du dîner.

Après le repas, les meubles ne sont toujours pas partis.  On nous avise qu'un poisson est mort dans un aquarium et que les vitres sont vertes.  Hé bien, croyez-le ou non, j'ai passé le reste de l'après-midi à nettoyer les aquariums!  À deux, il nous a fallu une heure par aquarium!  C'est là qu'on comprend bien toute l'ampleur de la définition de tâche: ''Et toutes autres tâches connexes'' j'imagine!  Je n'ai jamais vraiment apprécié les poissons plus qu'il faut mais je peux vous affirmer que mon après-midi m'a convaincue de ne JAMAIS m'acheter un aquarium pour la maison!  J'ai eu l'impression de sentir le petit poisson sale le reste de la journée!  Et puis, c'est nous aussi qui nous occupons des cages des oiseaux et de celle du lapin!  Heureusement que j'aime les animaux!

Bref, quand je suis partie à 16h, la salle servait encore d'entrepôt de meubles et rien n'était encore débuté pour l'activité de demain.  Demain matin, ils devront courir pour placer la salle (si elle est vide!) et faire avec les moyens du bar!  J'aurai une petite pensée pour eux!

Alors voilà le résumé de mon accueil là-bas!  Je crois bien que je vais aimer.  En tout cas, c'est clair que mes semaines seront bien remplies!

mercredi 3 juillet 2013

Des changements en vue

Y'a des changements imposés et d'autres qu'on choisi.  Dans ma vie dans les prochaines semaines, il y aura un changement imposé et un changement que j'ai choisi.  Il y en a des plus faciles que d'autres à digérer qu'on les choisissent ou non...

Vendredi dernier, à 15h30, juste avant de quitter pour la fin de semaine, ma patronne m'annonce qu'elle doit absolument me parler.  Un vague sentiment de déjà-vu m'envahit soudainement...  Un peu paniquée, j'attends qu'elle vienne dans mon bureau en me disant qu'au moins, elle ne m'attend pas dans le sien!  Elle me dit qu'il y a eu un manque d'informations entre les patrons et les ressources humaines lors de mon embauche.  Qu'en fait, je n'étais pas engagée pour faire 35 heures semaine au CHSLD où je suis mais pour faire trois jours semaine au CHSLD et deux jours semaine à l'hôpital.  Fiou!  Ce n'est pas une mauvaise nouvelle.  Moi tant que je travaille au moins quatre jours semaine, je suis bien heureuse!  J'aime les défis et comme je n'ai jamais travaillé dans un gros hôpital, je suis bien heureuse de faire cette expérience.  Et en travaillant dans un aussi gros milieu, je serai près du bureau syndical et je fréquenterai trois autres techniciens en loisirs, je pourrai certainement ainsi recueillir des informations pour la suite des choses!  Et puis, ça brisera la routine.  Les semaines passent tellement plus rapidement quand on n'a pas de routine!  Donc, ce changement, vous l'aurez deviné, c'est celui imposé mais facile à accepter.

Par contre, ce changement me cause un problème au niveau de la garderie des enfants qui ferme à 16h30...  L'hôpital est située à cinq minutes de plus que le CHSLD.  La distance n'est pas le problème, le problème est que je ne connais pas la patronne et que je ne crois pas qu'il sera possible là-bas de terminer quinze minutes plus tôt pour arriver à l'heure à la garderie.

Quand on est déménagé ici l'an passé, j'avais inscrit les enfants sur la liste d'attente de la garderie qui se trouve juste derrière chez moi.  On peut y aller à pied.  Par hasard, hier ils m'ont appelé.  Ils ont une place pour ma plus jeune.  On me propose maintenant ou en septembre.  J'hésite, j'aime la garderie de mes enfants, ils la fréquentent depuis quatre ans et j'ai toujours été satisfaite du service reçu.  J'ai été visiter et j'ai peser les pours et les contres et j'ai choisi d'inscrire ma fille pour septembre puisque je n'avais pas envie de courir deux garderies jusqu'à ce que l'école commence pour mon plus vieux.

Ce soir, je vais porter les papiers dûment remplis et on me dit qu'il y aurait aussi une place pour mon plus vieux jusqu'à ce que l'école commence.  Je dois me décider rapidement.  Évidement, ça règle mon problème d'horaire avec l'hôpital puisque ça ferme à 17h45.  Ça me brise le cœur, à regrets, je dis oui.  Ça me soulage pour plusieurs raisons mais en même temps, ça me rend triste.  J'ai l'impression de trahir une personne que j'aime.  Mais bon, si je me remets dans la perspective qu'il me faudra peut-être encore me trouver un emploi en automne si ce n'est pas moi qui obtient le poste quand il sera affiché en septembre, je me dis que ce sera beaucoup moins contraignant.

J'ai donc annoncé à la gardienne que mes enfants quitteraient son service dans deux semaines.  Je suis bien placé pour savoir le sentiment que ça fait de perdre son emploi puisque je l'ai vécu il n'y a pas si longtemps de cela!  C'est pour cette raison, et aussi parce que j'aurais bien aimé pouvoir continuer à envoyer les enfants là, que je lui ai laissé deux semaines d'avis.  Je me sens coupable mais bon, je crois qu'il est temps que je pense à mon avenir dans tout cela...  Alors voilà un changement décidé mais mal assumé.  Ça m'attriste de penser qu'il ne reste que deux semaines à cette étape de ma vie et de celle de mes enfants...

Alors voilà où j'en suis.  Supposément que mes ''nouvelles fonctions'' débuteront la semaine prochaine.  J'ai bien hâte de voir où cela me mènera!